Aide médicale à choisir

Photo: Radio-Canada
Photo: Radio-Canada

L’histoire d’Hélène, cette femme atteinte de sclérose en plaques qui s’est laissée mourir au moyen d’un jeûne de 14 jours m’a profondément bouleversée.

Ce matin, je suis tombée sur une entrevue radiophonique avec le médecin chargé de raconter l’histoire de sa patiente après le lui avoir promis. À un certain moment, lorsque le Docteur Viens exprime la nécessité, selon lui, de changer ces lois pour permettre à plus de gens d’obtenir l’aide médicale à mourir, l’interviewer rétorque qu’il faut rester dans les balises de ce qui est moralement acceptable pour la population, ou quelque chose comme ça.

Je vous avoue que les deux éléments de cet argument préfabriqué me laissent perplexe.

Morale

J’ai cru comprendre, en écoutant cette entrevue, qu’il y a une différence entre l’aide médicale à mourir et le suicide assisté, et il semblait bien important que la nouvelle loi ne permette pas le suicide assisté. Eh qu’on aime ça les euphémismes au Québec. C’est la figure de style parfaite pour ne pas avoir à prendre position fermement sur un sujet. Pourquoi a-t-on aussi peur de ces mots? Notre héritage judéo-chrétien nous colle à la peau.

Si la personne est en paix avec son choix selon ses croyances, je ne vois pas en quoi la question de la morale devrait être abordée.

Population

Oui, les médecins et professionnels de la santé devraient pouvoir donner leur avis dans des cas ambigus. Mais est-ce qu’on peut s’entendre pour dire que «la population» n’a rien avoir là-dedans? Sérieusement, est-ce qu’il y a quelque chose qui peut être moins de nos affaires que les souffrances d’une pauvre patiente presque entièrement paralysée? On ne sait pas ce que c’était d’être dans son état. On ne connaît pas sa vie, son état, ses pensées, ce qu’elle manquait et à qui elle manquait. On ne sait rien de ses rêves, de sa vie avant la maladie, de ses envies et de ses passions. Je serais curieuse de voir qui aurait voulu autrement dans sa situation.

Je me demande de quoi le citoyen moyen peut bien avoir peur là-dedans, quand il s’agit d’un choix on ne peut plus personnel. Le malaise à propos de cette question rappelle drôlement celui autour de l’avortement. D’ailleurs, on devrait dire «interruption volontaire de grossesse».

C’est parce que c’est moins culpabilisant pour le commun des mortels. Moins choquant. Même si on n’a pas vécu avec l’expérience déchirante de prendre l’un ou l’autre de ces décisions, on l’aime, notre vie feutrée, dépourvue de ce vocabulaire trop explicite.

Je ne veux pas casser le party de personne, mais même en buvant un smoothie au chou kale à chaque matin dans un décor de banlieue et une cuisine Ikea, on a tous une date d’expiration.

Et rendus là, peut-être qu’atteints d’une maladie grave, on souhaiterait mourir dans la dignité. Je gage que quand on est rendu assez décidé pour partir, assez décidé pour remplir le formulaire, on doit croiser les doigts jours et nuits en espérant correspondre aux critères. Rendus là, ce sera notre combat, notre choix. Jusqu’à ce qu’on obtienne le verdict. Jusqu’à ce que quelqu’un d’autre décide de ce qui est le mieux pour nous.

On ne réalise pas qu’une fois la décision prise, il est probablement impossible de reprendre la vie où on l’a laissée.

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