Le cannabis et l’alcool dans un univers parallèle

Mettons qu’on vit dans une société où le pot est légal, et l’alcool, interdite par la loi.

Jouez le jeu. Acceptez cette proposition. Ça va être le fun.

Coudonc, je sonne comme Messmer juste avant qu’il ridiculise des gens devant une salle comble… Promis, personne ne sera humilié ici.

Dans cette société utopique, la marijuana s’achète au Couche-Tard où tu peux en profiter pour te pogner un sac de crottes au fromage pis une boîte de Jos Louis en prévision de ton trip de bouffe.

Photo: lapresse.ca (Le Soleil)
Photo: lapresse.ca (Le Soleil)

L’alcool, de son côté, se procure sur le marché noir, par un gars que ton ami de ton ami connait. Le genre de gars pas dangereux, mais auquel tu ne veux quand même pas être associé parce que ça reste un hors-la-loi. Et comme il teste pas mal son stock, il alterne indéfiniment entre les quatre états suivants: content, déprimé, agressif et comateux, alors c’est pas plus tentant que ça de le côtoyer. En gros, t’es bien content de passer par quelqu’un d’autre pour réussir à te pacter la fraise.

Toujours dans cet univers imaginaire, la situation décrite dans le paragraphe précédent a seulement lieu si tes amis et toi ne faites pas partie des plus plates de la gang, ceux qui fument un joint de temps en temps, mais qui n’osent pas boire de cette substance illicite un peu louche. D’abord, vous ne trouvez pas que ça goûte très bon. En effet, les distilleries illégales n’ont pas le souci de complexité et d’équilibre des saveurs des micro-brasseries qu’on connait. Ensuite, vous avez été témoins à quelques reprises des effets indésirables survenant lorsqu’on en abuse, comme la nausée, les vomissements, les maux de tête, les crises de larmes, la grosse déprime et le sexe avec regrets.

Pas super vendeur.

Ça, c’est sans parler des nombreux accidents de voiture, souvent mortels, causés par des conducteurs ivres. Toi, quand tu fumes, tu n’as même pas le goût de te lever de ton divan, fait que te n’es pas un ben gros danger pour la société. De toute façon, tu ne te risques pas, parce que tu sais que les policiers ont développé un outil infaillible pour détecter les conducteurs gelés, c’est-à-dire se tenir par la barbichette et le premier qui rit aura un ticket.

Bon, je pense qu’on a tous compris la métaphore.

Come on chochotte, cale-le, ton shooter!

Où je veux en venir? L’un n’est pas pire que l’autre. Objectivement, il n’est pas plus normal de boire du vin que de fumer un joint; il s’agit de normes culturelles. On s’imagine que l’alcool est moins «pire» pour bien des raisons, et moins dangereuse pour notre santé. Pourtant, c’est faux. Dans tous les cas, c’est certainement plus acceptable, et on pourrait même dire que sa surconsommation est valorisée. Pendant des fêtes comme la Saint-Jean, le jour de l’an ou l’Halloween, quand on voit du monde salement intoxiqué, on entend à tous vents des phrases comme: «J’te dis qu’ils ont du fun!» ou «Hey lui, il sait faire le party!». Non, il sait pas «faire le party». Y’est à moitié mort dans le buisson dans son costume de Spiderman en lycra pis y’est à une effluve d’alcool du coma éthylique, manque juste qu’un de ses chums lui parlent d’un peu trop proche.

Si tu ne me crois pas quand je dis que la consommation de boisson est encouragée, fais le test. Dis à tes amis que tu comptes arrêter de boire – mettons que vous n’êtes pas une gang de AA avec une collection de cirrhose du foie – même si c’est faux. Juste pour voir leur réaction. Même les meilleures personnes au monde ne pourront pas cacher une petite dose d’incrédulité. Je te gage au minimum un «Ah ouin?», deux «Comment ça?» et peut-être même un «Tu seras jamais capable» (parce qu’on aime entraîner les autres dans nos vices, ça nous fait sentir moins mal). Normes sociales obligent.

Photo: narcity.com
Photo: narcity.com

Parenthèse: J’ai choisi un costume de Spiderman en lycra pour mon exemple parce qu’on voit ça se porter aussi bien à la Saint-Jean qu’au jour de l’an, à l’Halloween, au Rockfest ou juste pendant une soirée random bien arrosée. Ça m’amuse beaucoup. Bref, si jamais je t’invite à un party chez moi pis que tu viens habillé comme ça, je vais t’aimer, surtout si y’est un peu trop petit pour toi pis que tu danses avec ça sur le dos.

Photo: lapresse.ca (Amnesia Rockfest: cinq moments marquants)
Photo: lapresse.ca (Amnesia Rockfest: cinq moments marquants)

 

Bien que fortement admise, la consommation d’alcool peut avoir des effets négatifs bien connus à court et à long terme sur le corps (foie, cœur, bouche, hormones), mais aussi sur le cerveau. Inversement, on sait aussi qu’à petite dose, elle a ses vertus. Utilisée régulièrement, la marijuana apporte son lot d’effets secondaires sur notre petite tête elle aussi. Cependant, il est bon à savoir que l’alcool et le tabac sont les drogues qui font le plus de ravages dans le monde, pis qu’au moins, personne n’est encore mort à cause du pot.

En tous cas, aucun décès qu’on puisse prouver. Peut-être juste un ou deux dudes morts de rire. Ça se peut, mourir de rire. J’ai déjà vu ça à l’émission hautement scientifique Morts insolites. Mais à part ça je vois pas.

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En gros, le concept clef, c’est l’équilibre. Comme pour… absolument tout, dans le fond.

C’est comme n’importe quoi: la société évolue, et ses mœurs aussi. Peut-être qu’on est rendus ailleurs. Rappelons-nous que l’alcool au volant, c’est juste illégal depuis 1969, pis qu’entre ce moment-là pis 1999, le gouvernement a eu bien de la misère à la criminaliser.

En théorie, tout le monde devrait avoir le droit de gérer sa propre consommation. Est-ce qu’on devrait rendre ça illégal pour un faible pourcentage qui en abuse? Dans le fond, le cannabis et l’alcool, c’est du pareil au même. Que ce soit légal ou non, la personne qui en veut va en consommer pareil. Même chose pour les drogues dures, la cigarette, les beignes du Tim Horton ou les croquettes du McDo. C’est un choix, et il relève de l’individu. Ça parait drastique comme ça, mais saviez-vous qu’au Portugal, toute drogue est dépénalisée depuis 2001? Eh oui, on y considère que la place d’un toxicomane est dans un centre de santé et non en prison. Résultat: pas plus de consommation, une diminution de 80% des décès causés par une overdose et le taux d’infections transmissibles sexuellement a aussi chuté drastiquement.

Oui, mais nos jeunes?

Parler de légalisation ne signifie pas d’autoriser la vente de ce type de substances au mineurs, bien entendu. Mais on s’entend que le jeune qui veut de la mari va être capable de s’en trouver… C’est là qu’on se rend compte que l’important, c’est d’éduquer les gens et de les informer des risques encourus, peu importe de quelle substance , drogue ou produit illicite il s’agit. Et ça, c’est le rôle de la société.

En passant, saviez-vous qu’Éduc’alcool est un organisme privé? À but non lucratif, bien entendu, mais qui a pour mission de responsabiliser les gens face aux boissons alcoolisées… au nom des plus grands vendeurs d’alcool du Québec (dont la SAQ). Ça sent pas juste la robine ici, mais le conflit d’intérêt à plein nez. C’est drôle, sur leur site, il est écrit :

Le slogan d’Éduc’alcool résume bien son engagement sociétal : La modération a bien meilleur goût.

Ça veut dire quoi, ça? Qu’ils s’engagent modérément? C’est effectivement ce qu’on peut constater dans leurs publicités…

Photo: educalcool.qc.ca
Photo: educalcool.qc.ca

Est-ce que ça vous pousse vraiment à ralentir sur la bouteille, vous autres? Moi, pas tellement.

Enfin, à tous ceux qui désapprouvent la consommation de marijuana,  parce qu’elle est rendue chimique, qu’on ne sait pas ce qu’il y là-dedans… Je ne connais pas beaucoup ça, mais il me semble que la légaliser serait une bonne façon d’en contrôler la qualité, non? Je dis ça de même.

Alors si j’étais le gouvernement, tant qu’à savoir que ceux qui en veulent vraiment vont en trouver quand même, j’aimerais pas mal plus avoir main mise là-dessus afin de développer un certain standard de qualité. Pourquoi? Moins de gens malades, moins de problèmes encore insoupçonnés qui se développent à long terme, moins d’argent à dépenser en santé pour le gouvernement.

Et oui, il va faire plein de cash avec ça.

Tant mieux, ça va faire de l’argent à investir dans des campagnes de sensibilisation et d’informations sur l’alcool et le cannabis.

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