Pitbulls, Ward et tartare de saumon: de faux débats?

Dernièrement, je me rends compte — comme vous — que les médias s’acharnent sur certaines nouvelles.

«Nouvelles.»

Pourquoi a-t-on parlé autant des pitbulls? Pourquoi on voit la face de Mike Ward partout depuis des semaines, et, plus récemment, celle de l’allergique au saumon? Parce que devant ces sujets, la population reste mitigée. Pas facile de prendre position.

Cette ambivalence est facilement justifiable, parce que ces cas de figure se situent dans une zone grise. Mais oui, qui a raison? Mike ou Jérémy? Les propriétaires de pitbulls ou le maire Coderre? Monsieur Tartare ou le serveur?

Dur à dire. Et si personne n’avait vraiment tort?

Prenons ces situations une à une.

64a05836-ab55-4fa9-856b-2607dc72147a_JDX-NO-RATIO_WEB
Photo: Le Journal de Montréal
Les fameux pitbulls

Ce n’est pas compliqué: personne souhaite se faire mordre ou attaquer par un chien, et il s’agit d’événements tragiques lorsqu’ils se produisent. Cependant, c’est assez absurde d’éradiquer une race en particulier. On fait porter le chapeau à une portion des chiens, on les élimine et hop! Pensée magique, problème réglé, finie la peur. Ça nous évite de travailler sur un problème plus complexe et de s’attaquer à la véritable cause, plus difficile à gérer, soit les maîtres malveillants.

Petit fait intéressant en passant: la SPCA de Montréal a confirmé vendredi dernier que dans un des cas d’attaque par un pitbull exposé dans les médias, il s’agissait en fait d’un croisement entre un rottweiler, un golden et un mastiff. Test d’ADN à l’appui… et la face du chien, à mon avis, qui aurait du susciter au minimum un léger doute et pousser à une contre vérification.

Mais fallait plus de clics.

Autre petit fait intéressant: je suis allée voir Louis T en rodage en juin et il avouait ne pas avoir réfléchi suffisamment à la question des pitbulls pour se prononcer. Si un humoriste reconnu pour son analyse de l’actualité et l’implication sociale et politique de ses propos s’abstient de commentaires et éprouve le besoin de réfléchir longuement avant de se prononcer… peut-être qu’on devrait suivre son exemple. À mon avis, ça prouve un peu le non-sens du débat.

À place de «Doit-on bannir les pitbulls?», peut-être qu’on devrait se demander «Quelle serait réellement la meilleure façon de prévenir les attaques canines?». Y’a une énorme différence entre les deux.

Dernier fait intéressant: paraîtrait que c’est un boxer qui aurait causé le décès de la femme à Pointe-aux-Trembles.

Problème très complexe, effectivement.

 

Liberté d’expression… et de poursuivre qui on veut

Je suis d’avis qu’on devrait pouvoir dire ce qu’on veut en humour. Perso, je suis une grande fan d’humoristes faisant carrière aux States et laissez-moi vous dire que Mike Ward, c’est de la petite bière à côté de Louis CK, Jim Jefferies, Daniel Tosh (qui a d’ailleurs déjà mentionné recevoir des milliers de menaces de mort par semaine), Tom Segura, et j’en passe.

Cependant, toute personne a le droit d’entamer des poursuites si elle croit qu’on a porté atteinte à sa réputation et à sa dignité. On ne saura jamais comment Jérémy s’est senti parce qu’on n’est pas à sa place, avec son vécu et sa conception du monde. Si réellement il a été blessé, ce dont je ne doute pas, je suis triste pour lui. Il réalisera bien vite que l’argent ne le fera pas sentir mieux.

 

Allergique à l’erreur 

Oui, quand t’es allergique, tu dois rester alerte. Oui, quand t’es serveur, tu dois prendre les allergies au sérieux.

En théorie, l’erreur est humaine. On se concentre sur les mauvaises choses ici et le client en question devrait se compter chanceux de s’en être sorti vivant.

En pratique, ça se peut qu’il soit un petit peu fâché d’avoir frôlé la mort.

Vous voyez? Zone grise. Même couleur que la face du gars après avoir pris la bouchée.

By the way, j’ai une amie allergique aux fruits de mer pis j’ose à peine manger des crevettes dans le même fuseau horaire qu’elle. Sérieusement, jamais dans le même appart. Le chum de l’autre, le médecin, ça lui tentait pas d’attendre une petite soirée en solo pour manger du tartare de saumon? On parle quand même d’une allergie mortelle. Mais bon, leur vie de couple, c’est pas de mes affaires.

En fait, peut-être que toute cette histoire ne regardent qu’eux.

Photo: Le Journal de Montréal
Photo: Le Journal de Montréal

On critique les radicaux comme Trump, tandis que paradoxalement, on s’impose des opinions sans nuances. On se sent obligés de prendre parti clairement et d’en parler. Héritage de la culture de la peur, d’une nouvelle forme de narcissisme issue des réseaux sociaux ou influence plus ou moins directe des radios poubelles et des médias sensationnalistes? Peut-être un peu de tout ça.

Dans la réalité, il n’est pas toujours pertinent de se ranger d’un côté ou de l’autre ou de savoir qui à raison et qui a tort. Par exemple, les enfants de parents séparés seraient bien mal pris. Souvent, il s’agit plutôt de trouver un compromis en utilisant son gros bon sens. Comme la garde partagée.

Il n’est pas toujours nécessaire d’avoir une opinion tranchée et de la gueuler haut et fort sur les médias sociaux. Plus ça s’obstine sur Facebook, plus le sujet sera maintenu à la une.

Tant que y’a du jus dans le citron, la machine médiatique va le squeezer.

Jusqu’à ce qu’il soit aussi sec et rabougri que le cœur d’Éric Duhaime.

Ben non, c’t’une joke.

On le sait ben que y’en a pas.

Sérieusement, il n’en tient qu’à nous de cesser d’encourager le journalisme bas de gamme et aux «pièges à clics» qui laissent dans l’ombre des enjeux comme le projet Énergie Est qui prend forme plus vite qu’on le pense ou l’exploitation d’enfants dans les usines de textiles. Comment? En ne se laissant pas embarquer dans la sections commentaires du Journal de Montréal, par exemple. Même de façon ironique. Vous valez mieux que ça.

Photo: Radio-Canada
Photo: Radio-Canada

Il faut rompre le cycle.

Fait que non, c’est pas nécessaire non plus d’avoir une opinion sur Pokémon Go. Laissons donc les gens vivre leur vie comme ils l’entendent.

Bon, sur ce, je m’en vais m’abonner au Devoir, pendant qu’il existe encore.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s